Leica M8 – premier contact

Zürich, Suisse, décembre 2006

 

Tout nouveau tout beau, tout corrigé de ses défauts de lancement, ce nouveau Leica me replonge 20 ans en arrière après l’achat de mon premier Leica M4-P qui à l’époque paraissait si dépassé mais également si présent et si efficace dès lors qu’il fallait avaler de la pellicule Tri-X.

 

Le M8 garde tout de la philosophie du Leica M : compact, racé, fait de pur métal, sans compromis en termes de qualité, au télémètre des plus efficaces, à la précision horlogère des plus belles montres mécaniques, aux optiques toujours plus corrigées et aux performances atteignant les plus hauts sommets en qualité d’image.

 

L’ère du numérique est maintenant bien installée, même pour la marque inventeur du format photo 24×36.

 

PRISE EN MAIN

Celle-ci est des plus habituelle pour un Laicaïste tout en nous faisant part de différences de manipulations inhérentes à quelques détails :

 

🙂 La surface synthétique du boitier a une texture différente, plus lisse mais adhérente

 

😦 Le levier d’armement n’existe plus, moteur intégré oblige. Ceci n’a l’air de rien mais j’avais pour habitude de conserver le boitier dans la paume de la main droite, levier coincé derrière le pousse tout en me promenant; ceci n’est malheureusement plus possible. Il aurait été possible je pense de mettre un levier “factice” préservant ainsi de ce confort ressenti avec les boitiers M à films.

 

🙂 Le viseur est excellent, je l’agrémente cependant si nécessaire d’une loupe de viseur 1.25x très utile avec les focales de 50mm et plus, car agrandissant dans de bonnes proportions la fenêtre de champ de l’image observée.

 

😦 Le déclencheur est assez “rugueux” et ne possède définitivement pas la douceur d’un M6-TTL. Peut-être doit-il être “rôdé” pendant quelques dizaines de Go de photos. Il existe une position de mise en mémoire de l’exposition, rien que du très normal et fonctionnel.

 

🙂 Ce qui surprend peut-être le plus avec cet appareil, c’est qu’il n’affiche pas son côté numérique et la sobriété des boutons en taille et en nombre rendent l’appareil photo d’une véritable simplicité d’utilisation. Aucun guide n’est nécessaire pour naviguer confortablement dans les différents menus qui sont simples et fonctionnels. Ce Leica s’affiche comme fait avant tout prêt pour photographier en mettant l’oeil au viseur et tournant les bagues de mise au point et de diaphragme comme dans la plus pure tradition photographique.

 

RESULTATS PHOTOGRAPHIQUES DNG

Afin d’extraire le maximum du M8, je me concentrerai exclusivement sur le format DNG, ayant cependant constaté que les résultats des photos en JPG sont excellents.

 

Balance des Blancs

Et oui il existe apparemment un BUG sur la balance des blancs automatique pour une prise de vue de photos en rafale. Voici une série de 3 photos DNG faites en série, sans relâcher entièrement le déclencheur. La première est parfaitement balancée, les 2 suivantes ont une balance des blancs totalement fausse :

 

Le “screen-capture” précédent est fait à partir d’adobe Bridge CS3, mais le résultat est le même sur l’afficheur LCD de l’appareil photo, et sous un autre logiciel comme Capture 1 (l’affichage est d’ailleurs beaucoup plus conforme à la réalité, le jaune de la première photo est exactement celui du mur) :

 

Ce petit constat me fait déjà penser que le logiciel Capture 1 gère beaucoup mieux les profils de couleur pour l’affichage des thumbnails à l’écran.

 

 

Comparaison du format DNG avec différents profils M8

 

 

GAUCHE : CAPTURE ONE LE + profil M8 generic livré avec le logiciel + Balance des blancs auto C1

DROITE : CAPTURE ONE LE + profil M8 Jamie Roberts v1 + Balance des blancs auto C1

Le profil de Jamie Roberts est conçu pour diminuer l’effet de la dominante Magenta due à la haute sensibilité du M8 aux IR.

 

 

Image produite avec Capture One LE 3.7.6 (Jamie Profile):

Le meilleur résultat : bon équilibre des couleurs et plus de dominante magenta. Le plus proche de la scène photographiée.

 

Image produite avec Photoshop CS2 + Camera Raw 3.6 :

 

 

Définition

 

Voici le résultat d’une photo prise au Summilux 75mm f1.4 (équivalent à un 100mm f1.4) sans codage 6 bits, traitée avec Capture One. Le télémètre offre une telle précision que la mise au point sur le bâtiment photographié ne se fait pas sur l’infini, et cela se voit sur l’image produite. Il est donc possible de jouer avec la profondeur de champ, même à de grandes distance; effet 3d garanti. Tout simplement impressionant !

 

 

 

 

 

La séparation des détails est d’un niveau très élevé. Le capteur de 10 Mpix limiterait-il les possibilités de l’objectif ? A quand du 22 Mpx avec des optiques Leica ?

 

 

Infrarouge

 

Le boitier est tout particulièrement sensible aux infrarouge et ceci se remarque dès les premières photos. En effet il existe un rendu tout particulier des photos faites avec un M8 qui font penser à une dominante magenta. Cette dominante n’est cependant pas uniforme et se manifeste plus directement sur certains éléments de la photo. En effet il s’avère que le capteur du M8 a été optimisé pour prendre en compte la faible distance qu’il existe entre la lentille arrière des optiques et le capteur CCD ou plan film des appareils Leica M. Ainsi l’épaisseur du verre protecteur situé devant la matrice CCD a été réduite au maximum, afin de limiter les dégradations par réfraction dues à ce verre. Le handicape est que l’épaisseur réduite entraîne une barrière bien moindre aux rayonnement infrarouge.

 

Cette sensibilité aux infrarouges est donc délibéré et fait partie du Leica M8 au même titre que sa forte capacité de résolution ou de son ergonomie typiquement M. La solution proposée par Leica pour annuler cette trop forte sensibilité aux infrarouges est la fourniture gratuite avec le boitier de 2 filtres IR dont les diamètres sont laissés au choix de l’acheteur. Le seul problème est que la disponibilité de ces filtres est planifiée pour 02.2007. En attendant il existe la possibilité de trouver un revendeur de filtres qui posséderait ces filtres nommés IR cut. B+W ou Schneider proposent ce type de filtre. Malheureusement ces filtres ne répondent qu’à un besoin très spécifique et leur disponibilité se révèle très faible.

 

Il reste la solution d’utiliser un profil adapté comme celui développé par Jamie Roberts.

Voici un exemple de la photo précédente traitée avec Capture One et le profil de Jamie. Les manteaux reprennent leur couleur d’origine, à savoir le marron.